Le coeur de Thomas

51dBtF7lNlL__SL500_AA300_Je n’avais jamais entendu parler de Moto Hagio avant d’assister à la conférence qu’elle a donné l’année dernière au Salon du livre, en compagnie de Mari Yamazaki, l’auteur de Thermae Romae. Pourtant cette femme, qui a été de nombreuses fois primée au Japon, a été l’un des acteurs majeurs de l’évolution du manga dans les années 70s. Elle fait partie du Groupe de l’an 24, un groupe de jeunes femmes nées en 1949 qui ont révolutionné le shôjo, genre jusque-là principalement écrit et dessiné par des hommes. Ce que j’ai perçu d’elle au cours de cette conférence, son imagination, sa curiosité et son éclectisme, son goût pour la science fiction m’ont donné envie de la lire et m’ont fait regretter qu’aucune de ses oeuvres ne soit traduite en français.

C’est pourquoi, dès que j’ai appris qu’un de ses mangas allait enfin être disponible en français, je me suis empressée de le noter dans ma LAL, pour pouvoir me jeter dessus. Le choix, parmi sa bibliographie, du Coeur de Thomas n’a sans doute pas été anodin, car ce manga, regroupé pour l’édition française en un unique volume de près de 500 pages, est considéré comme le précurseur du genre boy’s love. Bien qu’il soit très éloigné des codes actuels du genre, on y retrouve déjà des personnages mignons et androgynes, qui prennent peu à peu conscience de leurs sentiments pour quelqu’un du même sexe qu’eux, des amours contrariées et des triangles amoureux.

Le coeur de Thomas a initialement été publié de 1973 à 1975. Si j’ai trouvé à certains personnages des similitudes avec le prince des collines de Candy, le dessin ne m’a pas paru particulièrement daté, nettement moins que celui de beaucoup de mangas des années 80s, en tout cas. Peut-être le fait qu’il s’agit d’un récit historique n’y est-il pas étranger. J’ai apprécié le trait mais ai été frappée par le fait que la mangaka s’est concentrée quasi-exclusivement sur les personnages, et qu’on voit très peu de décors.

Je signalais un peu plus haut qu’il s’agit d’un récit historique. L’action se passe, en effet, dans un internat en Allemagne, dans les années 30s. Dans les toutes premières pages, le lecteur assiste au suicide d’un élève, Thomas. Ce dernier s’est tué pour le garçon dont il était amoureux. Avant de mettre fin à ses jours, il a posté une lettre pour Juli, dans laquelle il écrivait que c’était le battement de son coeur (d’où le titre, je suppose). Peu après arrive dans l’établissement un nouvel élève, Eric, qui ressemble beaucoup à Thomas.

Moto Hagio n’a que fort peu exploité le contexte historique de son récit, se concentrant sur ses personnages et leurs sentiments. Je n’ai jamais été attirée par les histoires sentimentales et les trucs lacrymogènes. Je n’ai donc pas été séduite par le manga comme d’autres lecteurs ont dû l’être, néanmoins j’ai trouvé qu’il était bien fait. Elle s’est attachée à creuser la personnalité et la psychologie de ses personnages, à leur donner une histoire, ce qui fait que même les personnages secondaires ont un relief et sont intéressants. Ses héros ont souvent un passé douloureux, mais j’ai été reconnaissante à Moto Hagio de ne pas faire s’acharner démesurément le sort contre eux, ce qui m’aurait agacée et m’aurait semblé peu crédible. Enfin, elle arrive à soutenir l’intérêt du lecteur au fil de ce long et lent récit en soulevant peu à peu les voiles de mystères qui entourent ses personnages au début, et en révélant progressivement pourquoi ils se sont construits tels qu’ils sont et leurs secrets.

Si, comme je le disais plus haut, il ne s’agit pas d’un genre dont je raffole, j’ai cependant trouvé cette lecture intéressante et j’espère que, dans le futur, d’autres oeuvres de Moto Hagio seront traduites pour le lectorat français. J’aimerais beaucoup lire ce qu’elle a fait en matière de science fiction.

Le coeur de Thomas
Moto Hagio
Kazé Classic

Cet article, publié dans BD / Mangas, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Le coeur de Thomas

  1. Jérôme dit :

    Pas du tout genre mais je suis quand même ravi de découvrir cette mangaka dont je n’avais jamais entendu parler. Peut-être que dans sa production d’autres titres me conviendraient mieux.

  2. George dit :

    Je ne connaissais pas du tout mais en même temps je suis d’une nullité crasse en manga et ses dérivés. Pourquoi pas si je le trouve en biblio !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s